Reclus de Monflanquin: le « gourou » fait appel

Par LEXPRESS.fr, publié le 22/11/2012 à 20:18

Thierry Tilly et son complice présumés, condamnés à respectivement huit et quatre ans de prison pour avoir séquestré une famille entière, ont décidé de faire appel du jugement rendu le 13 novembre dernier.

Reclus de Monflanquin: le "gourou" fait appel
RECLUS DE MONFLANQUIN – Ghislaine Marchand (à gauche), victime du « gourou » Thierry Tilly, et son avocat Me Edouard Marcial, lors du procès.

PIERRE ANDRIEU / AFP

Thierry Tilly, condamné à huit ans de prison dans l’affaire « des reclus de Monflanquin« , et son complice présumé Jacques Gonzalez, condamné à quatre ans de prison, ont décidé de faire appel du jugement rendu le 13 novembre par le tribunal correctionnel de Bordeaux, ont indiqué jeudi leurs avocats.

Dix ans de prison, le maximum encouru, avaient été requis contre M. Tilly, 48 ans, détenu depuis octobre 2009, et plusieurs commentateurs avaient vu dans la peine plus modérée prononcée par le tribunal, malgré des attendus extrêmement fermes, une décision qui pourrait le dissuader de faire appel.

M. Gonzalez, qui est très malade et a déjà effectué six mois de détention dont la majorité sous bracelet électronique, pouvait pour sa part espérer un aménagement de peine, le tribunal n’ayant pas prononcé de mandat de dépôt à son égard. Mais les deux hommes ont préféré retenter leur chance devant la cour d’appel, le parquet faisant appel également.

Condamné « comme un gourou »

Me Alexandre Novion, avocat de Thierry Tilly, a estimé auprès de l’AFP que « bien que le tribunal n’ait pas retenu la thèse de la secte dans cette affaire, (son) client a été condamné comme un gourou« .

La présidente Marie-Elisabeth Bancal avait expliqué, en rendant son jugement, que M. Tilly était l’auteur d’un « complot machiavélique » par lequel il a exercé une « sujétion psychologique » sur les onze membres d’une famille noble du Lot-et-Garonne, les de Védrines – l’aïeule est décédée en 2010 – jusqu’à leur faire vendre tous leurs biens, à hauteur de 4,5 millions d’euros.

Mme Bancal avait égrené tous les éléments de l’emprise mentale, « création d’une paranoia de groupe (…), exclusion des opposants (…), exploitation des failles de la famille, (…,) présence constante à leurs côtés, physique puis par téléphone et par mail », le tout amenant « des conséquences gravement préjudiciables », sur les finances des victimes, leur santé ou leurs études.

Les deux hommes ont été condamnés solidairement à payer aux victimes les 4,5 millions d’euros de leur préjudice matériel, et 505.000 euros au titre du préjudice moral.

Avec 

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/reclus-de-monflanquin-le-gourou-fait-appel_1190705.html

Monflanquin : »pas un gourou, un prédateur »

Par Marc-Antoine Bindler avec Stéphane Place

Publié le 13 novembre 2012 à 16h10Mis à jour le 13 novembre 2012 à 16h57

C. de Védrines : "Tilly n'est pas un gourou mais un prédateur"© MAXPP

TÉMOIGNAGE E1 – Christine de Védrines est soulagée par la condamnation de Thierry Tilly.

Thierry Tilly, gourou présumé dans l’affaire dite des « reclus de Monflanquin » a été condamné mardi à huit ans de prison ferme pour « abus de faiblesse de personnes en état de sujétion psychologique ». De la grand-mère aux petits-enfants, pendant dix ans, le gourou présumé a entraîné onze membres de la famille de Védrines dans une incroyable descente aux enfers.

>> A lire aussi – Prison pour le gourou de Monflanquin

Sur « les conseils avisés » de Thierry Tilly, cette grande famille aristocratique du Sud-Ouest s’est délestée d’un patrimoine de 4,5 millions d’euros… au profit d’une fondation humanitaire fantôme. Christine de Védrines, une des « reclus de Montflanquin » a réagi à cette condamnation au micro d’Europe 1.

« C’est un minimum »

Elle est une des premières à être sortie de l’emprise du gourou en mars 2009. C’est elle qui a amorcé la fin du cauchemar pour sa famille, en expliquant au juge d’instruction comment la fortune familiale s’est évaporée et comment le gourou manipulait la famille depuis dix ans.

Christine de Védrines :  » M. Thierry Tilly n’est pas un gourou, c’est un prédateur »

« Il a tout de même failli nous anéantir, nous et nos enfants. Donc huit ans de prison ferme, pour moi, c’est un minimum », a confié Christine de Védrines au micro d’Europe 1.

« Une famille normale »

Pour cette femme dont le mari, gynécologue réputé, avait fermé brusquement son cabinet pour se reclure,  » M. Thierry Tilly n’est pas un gourou, c’est un prédateur ». « Nous, nous étions une famille normale à qui il est arrivé une histoire anormale. Il faut faire attention, la plupart des gens peuvent être manipulés », a-t-elle avertie.

« Je pense que cette décision va pouvoir aider d’autres personnes. J’espère, humblement, que ce procès pourra faire date », a-t-elle conclu, dans un soulagement relatif.

Source : http://www.europe1.fr/France/Monflanquin-pas-un-gourou-un-predateur-1310021/

Reclus de Monflanquin: Thierry Tilly condamné à huit ans de prison

AFPPar AFP | AFP – il y a 1 heure 17 minutes
  • Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné Thierry Tilly à huit ans de prison dans l’affaire des « Reclus de Monflanquin », une famille d’aristocrates qu’il a ruinée en lui faisant croire qu’elle était visée par un complot

Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné Thierry Tilly à huit ans de prison dans l’affaire des « Reclus de Monflanquin », une famille d’aristocrates qu’il a ruinée en lui faisant croire qu’elle était visée par un complot.

Thierry Tilly, 48 ans, qui était poursuivi pour abus de faiblesse sur des personnes en état de sujétion psychologique, a également été condamné à une peine de cinq ans de privation des droits civiques et civils, tandis que son complice Jacques Gonzalez a écopé de quatre ans ferme.

Gonzalez a aussi été condamné à cinq ans d’interdiction des droits civiques et civils.

Thierry Tilly a été décrit par la présidente Marie-Elisabeth Bancal, comme l’auteur d’un « complot machiavélique » visant ses victimes.

« Vous avez condamné le citoyen français mais pas l’anglais », a réagi Tilly, qui affirme détenir la nationalité britannique. « Nous montrerons ce que c’est que le droit européen. Cela ne fait que commencer », a-t-il encore déclaré, menaçant.

Pendant dix ans, M. Tilly a tenu sous sa coupe Ghislaine de Védrines, rencontrée dans le cadre professionnel en 2009, et dix membres de sa famille, sa mère, ses deux frères, les femmes de ses frères, ses deux enfants et trois neveux. Alternant gentillesses et menaces, il leur a fait croire qu’un complot mortel les menaçait, tout en faisant mine d’associer certains membres à ses affaires.

En fin de compte, après s’être retranchés sur eux-mêmes, ils ont fini par vendre tous leurs biens, pour 4,5 millions d’euros, dont en point d’orgue le château familial.

Une forte partie de cette somme a alimenté le train de vie de M. Gonzalez, mais malgré des écoutes téléphoniques dans lesquelles celui-ci semble donner les ordres, le parquet a estimé que M. Tilly était le mentor de l’affaire.

Les de Védrines, qui avaient échappé à son emprise en 2009 après les défections successives de trois d’entre eux en 2008 et 2009, sont apparus au procès encore un peu surpris de leur propre crédulité, et certains doivent encore subir des soins psychologiques.

Le parquet avait requis dix ans de prison pour M. Tilly et cinq ans, dont un avec sursis pour M. Gonzalez.

Source : AFP

Décision attendue dans le procès des «reclus de Monflanquin»

13 novembre 2012 à 07:41
L'avocat de Thierry Tilly, Me Alexandre Novion, le 24 septembre 2012 à Bordeaux.

L’avocat de Thierry Tilly, Me Alexandre Novion, le 24 septembre 2012 à Bordeaux. (Photo Pierre Andrieu. AFP)

Dix ans de prison ont été requis à l’encontre de Thierry Tilly, accusé d’avoir manipulé une famille entière pendant dix ans afin de leur soutirer leurs biens.

Le tribunal correctionnel de Bordeaux rend mardi matin son jugement dans l’affaire des «reclus de Monflanquin», dossier où les victimes sont une famille d’aristocrates du Lot-et-Garonne ruinés après avoir cru un homme qui les disait visés par un complot.

Dix ans de prison, la peine maximum, ont été requis le 4 octobre contre Thierry Tilly, 48 ans, mis en examen pour abus de faiblesse de personnes en état de sujétion psychologique, séquestration et violences volontaires, et détenu depuis octobre 2009. Cinq ans dont un avec sursis ont été requis contre le complice présumé, Jacques Gonzalez, 65 ans, libre mais très malade.

Pendant dix ans, Thierry Tilly a tenu sous sa coupe Ghislaine de Védrines, rencontrée dans le cadre professionnel en 2009, et dix membres de sa famille, sa mère, ses deux frères, les femmes de ses frères, ses deux enfants et trois neveux. Alternant gentillesses et menaces, il leur a fait croire qu’un complot mortel les menaçait, tout en faisant mine d’associer certains membres à ses affaires. En fin de compte, après s’être retranchés sur eux-mêmes, ils ont fini par vendre tous leurs biens, pour 4,5 millions d’euros, dont en point d’orgue le château familial. Le représentant du parquet Pierre Bellet avait évoqué«une véritable vampirisation financière et morale».

Une forte partie de cette somme a alimenté le train de vie de Jacques Gonzalez, mais malgré des écoutes téléphoniques dans lesquelles celui-ci semble donner les ordres, Pierre Bellet a estimé que Thierry Tilly était le mentor de l’affaire.

Les de Védrines, libérés en 2009 après les défections successives de trois d’entre eux en 2008 et 2009, sont apparus au procès encore un peu surpris de leur propre crédulité, et certains doivent encore subir des soins psychologiques. Me Daniel Picotin, avocat de parties civiles et spécialiste des questions d’emprise mentale, a espéré que le procès ferait avancer le droit, les proches ne pouvant actuellement pas intervenir pour libérer les amis ou la famille pris dans de tels affaires.

(AFP)

Source : http://www.liberation.fr/societe/2012/11/13/decision-attendue-dans-le-proces-des-reclus-de-monflanquin_860050

La longue attente des ruinés de Monflanquin

 

Sous l’emprise d’un gourou, une famille d’aristocrates bordelais a été dépouillée de 5 millions d’euros. À trois jours du délibéré, deux victimes se confient au JDD.

Christine Védrines
Paru dans leJDD

Christine Védrines, au tribunal lors du procès. (Maxppp)

« On accepte de parler à la presse entre le procès et le délibéré mais après, c’est fini, on veut retomber dans l’oubli », préviennent-ils. Mercredi, la « parenthèse » dans la vie de Christine et Charles- Henri de Védrines pourrait se fermer si l’accusé ne fait pas appel de la décision qui sera rendue par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Pendant dix ans, l’agricultrice et le gynécologue issus d’une famille d’aristocrates se sont retirés de la société avec leurs trois enfants et six autres membres de leur famille, jusqu’à devenir les « reclus de Monflanquin », du nom du village du Lot-et-Garonne où le clan avait la plupart de ses propriétés.

L’homme aujourd’hui accusé de les avoir manipulés s’appelle Thierry Tilly. Le procureur a requis dix ans de prison à son encontre pour escroquerie, séquestration et abus de faiblesse sur personnes en état de sujétion psychologique. « Nous espérons que cette peine sera confirmée », confie Charles- Henri de Védrines. « Dix ans, c’est ce qu’il nous a pris. Mais cela ne nous rendra pas ce qu’on a perdu. »

Un descendant des Habsbourg qui court le 1.000 m en 3 min 15

Ce qu’ils ont perdu : l’argent qui dormait sur leurs comptes, le château familial de Martel, à Monflanquin, trois maisons, deux appartements, un garage, un local commercial, le cabinet médical de Charles-Henri à Bordeaux, les meubles et tableaux de famille et des choses « sans valeur, comme les lettres qu’on s’échangeait quand on était jeunes », soupire Christine. « Nous n’avons assisté à aucun de nos déménagements. À part les valises que nous avons prises pour quitter la maison, tout a disparu. Tout! » Une partie a été saisie par les huissiers, le reste s’est évaporé au gré des « placements financiers » que Thierry Tilly disait effectuer pour la famille. Le préjudice pour les onze est estimé à 5 millions d’euros, dont 4 millions pour Charles-Henri et Christine.

Les bancs du tribunal correctionnel de Bordeaux avaient du mal à contenir tout l’auditoire lors du procès qui s’est tenu du 24 septembre au 5 octobre. « Il y avait des curieux, mais aussi beaucoup d’amis de la famille, souligne Charles-Henri. Ils avaient besoin de comprendre ce qui nous était arrivé. »

De l’ISF au RSA

Difficile d’admettre qu’un médecin renommé, un cadre de l’industrie pétrolière et un diplômé d’école de commerce aient pu tomber dans les pièges de celui qui a fait rire l’auditoire. À la barre, Thierry Tilly soutient, pêle-mêle, que sa grand-mère est la cousine de Václav Havel, qu’il descend des Habsbourg, a des diplômes remis par Bernard Kouchner, travaille pour des organisations supranationales en lien avec l’ONU et court le 1.000 m en 3 min 15. « Il a fait le show pour nous ridiculiser. Il ne nous a même pas adressé un regard », s’insurge Christine. « Ce n’est pas du tout le Thierry que nous avons connu! » – le couple continue de l’appeler par son prénom, « par habitude » – « Nous ne sommes pas des benêts tombés dans les mains d’une secte. Nous sommes des gens ordinaires auxquels il est arrivé quelque chose d’extraordinaire! »

Ils payaient l’impôt sur la fortune mais vivent aujourd’hui dans un HLM. « Quand je suis revenue en France après avoir fui l’Angleterre [où Tilly avait convaincu la famille de s’exiler en 2008], j’étais au RSA. Vous imaginez le choc… Il faut accepter l’aide quand on en a besoin », confie celle qui tient à son élégance malgré tout. L’agricultrice a repris une activité dans une association. Quant au gynécologue, après deux ans de convalescence, il a retrouvé son emploi. « Nous sommes ruinés. Je devrai exercer jusqu’à ma mort pour payer mes dettes. » Surtout que son épouse craint de ne plus pouvoir travailler très longtemps. « J’ai dû me faire opérer des deux hanches à cause des mauvais traitements subis lors des séquestrations. Si mon mari part avant moi, je deviendrai une charge pour les enfants. »

Leurs enfants ont désormais 35, 31 et 27 ans. « Ils se battent pour s’en sortir. Moi je ne me pardonne toujours pas de ne pas avoir su les protéger », avoue leur mère. Son couple a survécu à l’épreuve. Pourtant, son époux a pris part au calvaire que Thierry Tilly lui a fait subir. « Je ne peux pas lui en vouloir, il n’était pas dans son état normal. » La femme effacée d’autrefois a laissé place à une dame au caractère bien trempée, « même un peu trop parfois », taquine son mari avant de se raviser. « On lui doit beaucoup. C’est elle qui a porté plainte après sa sortie. Sans elle, je serais sûrement dans une fosse commune à Oxford. »

Claire Le Nestour – Le Journal du Dimanche

Source : http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/La-longue-attente-des-ruines-de-Monflanquin-574873

Reclus de Montflanquin. Comment la famille de Védrines s’en est sortie

Justicejeudi 08 novembre 2012
  • Victime d'un gourou, Christine de Védrines, ici avec son avocat Me Daniel Picotin, a tout perdu.

    Victime d’un gourou, Christine de Védrines, ici avec son avocat Me Daniel Picotin, a tout perdu.

    Franck Dubray.

Il aura fallu près de dix ans pour qu’onze membres de la famille de Védrines ne soit plus soumis à l’emprise de Thierry Tilly, longtemps considéré comme un gourou.

 Durant des années, ils ont vécu reclus dans le château de Martel, à Montflanquin (Lot-et-Garonne), puis dans une autre propriété familiale et enfin à Oxford, en Angleterre. Thierry Tilly, 48 ans, est accusé de les avoir manipulés et dépouillés d’au moins cinq millions d’euros (vente de propriétés immobilières, de placements financiers…).

Ce dernier vient de comparaître devant le tribunal de Bordeaux pour escroquerie, séquestration et abus de faiblesse de personnes en état de sujétion. Le procureur a requis dix ans de prison et quatre ans ferme à l’encontre de Jacques Gonzales, son complice. Jugement le 13 novembre.

Comment s’en sont-ils sortis ?

Le 23 octobre 2009, lorsque Thierry Tilly est interpellé en Suisse, neuf membres de la famille de Védrines se trouvent toujours à Oxford. Et n’en partent pas. « Ils sont dans une prison mentale. A ce moment-là, leur personnalité est encore anesthésiée », explique Me Daniel Picotin, l’avocat d’une partie de cette famille. Deux personnes ont réussi à s’en extraire : Philippe de Védrines, puis en mars 2009, sa belle-sœur,Christine de Védrines, 62 ans, documentaliste de formation.

« A cette époque, Thierry Tilly me faisait travailler dans une entreprise de sécurité alimentaire. Je lui reversais 90% de mon salaire. Avec l’aide du dirigeant, je suis parvenue à appeler ma sœur et ma meilleure amie qui sont venus me chercher en Angleterre », relate-t-elle. Christine de Védrines quitte Oxford en catimini. Arrivée en France, elle porte aussitôt plainte. Son mari et ses trois enfants, eux, sont toujours à Oxford, « sous l’emprise de Thierry Tilly ».

Qu’est-ce que la sortie d’emprise mentale ?

Pour parvenir à faire revenir le reste de la famille en France, Me Daniel Picotin va organiser deux opérations en Angleterre, en novembre et décembre 2009. Il pratique l’exit counseling ou la sortie d’emprise mentale. Cette technique est développée aux Etats-Unis par Steven Hassan, ancien membre de la secte Moon. L’objectif consiste à créer un déclic psychologique chez la personne vivant sous l’emprise d’un gourou ou d’une secte. « On appelle ça le décillement », précise Me Picotin qui s’est entouré d’un psychanalyste, d’un psychothérapeute et d’un éducateur spécialisé.

Mais avant de se rendre sur place et de rencontrer la personne sous emprise, un travail préparatoire a eu lieu avec Christine de Védrines. L’objectif est de recueillir « des informations très détaillées sur les victimes, les moments clés de leur vie », indique Steven Hassan qui aurait ainsi exfiltré, « de manière douce », plusieurs centaines de personnes aux Etats-Unis et ailleurs.

Concernant la famille de Védrines, avant les deux rencontres à Oxford , Christine a adressé plusieurs lettres à ses enfants et à son mari, entre avril et novembre 2009. « Elles ont permis de créer des encoches psychologiques, des sortes de points d’appui pour la suite », précise Me Picotin.

 

Lors du premier voyage en Angleterre, du 10 au 14 novembre 2009, seul Guillaume, 34 ans, pourra être approché. « Un des spécialistes est entré dans la maison et a réussi à lui parler », relate, encore émue, Christine de Védrines. Le déclic se produit. Pour son mari et ses deux autres enfants, il faudra attendre un second voyage, un mois plus tard.

Que prévoit la loi contre les victimes de sectes ou de gourous ?

Actuellement, le code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et de 375000€ d’amende quelqu’un qui abuse frauduleusement de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’un mineur, d’une personne particulièrement vulnérable (en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience psychique…) ou qui abuse « d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique, résultant de l’exercice de pressions graves ou de techniques propres à altérer son jugement ».

Si cette infraction est commise par celui qui est à la tête d’une secte, la peine encourue est alors de cinq ans d’emprisonnement et de 750000€ d’amende. Il s’agit de la loi About-Picard de 2001.

Mais pour Me Picotin, également ancien député, la législation actuelle est insuffisante. « La jurisprudence estime que la plainte n’est recevable que par l’adepte ou la victime elle-même (…) Or, pour cela, encore faut-il qu’elle soit sortie de l’emprise mentale. »L’avocat formule donc une proposition de loi : faire de la « manipulation mentale préjudiciable » un délit à part entière. Objectif : faire en sorte que les familles des victimes puissent saisir les parquets de manière efficace.

Pierrick BAUDAIS.

Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Reclus-de-Montflanquin.-Comment-la-famille-de-Vedrines-s-en-est-sortie_39382-2130678_actu.Htm

Christine, dix ans sous le joug d’un illuminé

jeudi 08 novembre 2012
  • Christine de Védrines dans la maison de son avocat, près de Bordeaux.

    Christine de Védrines dans la maison de son avocat, près de Bordeaux.

    Franck Dubray.

« On a tout perdu : environ 4,5 millions d’euros. » Christine de Védrines, 62 ans, mère de trois enfants, semble encore étourdie par la somme. Il y a dix ans, avec son mari, Charles-Henri, un obstétricien renommé à Bordeaux, le couple payait l’impôt sur la fortune et possédait le château de Martel à Montflanquin (Lot-et-Garonne).

Aujourd’hui, les époux vivent dans une HLM. Tous leurs biens ont été vendus au profit de deux hommes : Jacques Gonzales, président d’une prétendue fondation humanitaire, Blue light, et Thierry Tilly, 48 ans, père de deux enfants, personnage clé de cette affaire (1), dont personne ne semble connaître avec exactitude le parcours professionnel. Si ce n’est qu’il a déjà été condamné à une interdiction de gérer une société, et à un an de prison avec sursis pour abus de biens sociaux.Tout commence en 1997, lorsqu’un avocat, Me Vincent David, présente un drôle d’envahisseur, Thierry Tilly, à Ghislaine Marchand (née de Védrines). Elle dirige alors une école de secrétariat à Paris et recherche une entreprise de nettoyage. Entre eux deux, « c’est un coup de foudre intellectuel », assure Me Alexandre Novion, l’avocat de Thierry Tilly.« Ma belle-soeur lui a ouvert la porte de la famille », soupire Christine de Védrines.

Pas à pas, Thierry Tilly va gagner la confiance de Ghislaine Marchand, puis de ses deux frères. Il va écouter leurs confidences, les conseiller dans leurs affaires. « Il est entré dans cette famille comme un homme à tout faire. Et il a fait ses preuves initiatiques », note le psychiatre Daniel Zagury qui a procédé à l’examen psychiatrique de ceux que l’on a surnommé les « reclus de Montflanquin ».

Thierry Tilly, cette pièce rapportée, devient la pièce maîtresse de la famille. À partir de 2001, onze de Védrines vont vivre au rythme des élucubrations de celui qui se présente tour à tour comme un gestionnaire de fortune, un agent secret ou encore un descendant de Charles Quint : Guillemette, la grand-mère aujourd’hui décédée, ses trois enfants Philippe, Ghislaine et Charles-Henri, deux de ses belles-filles, dont Christine, et cinq de ses petits-enfants.

Selon Thierry Tilly, les francs-maçons, mais aussi le fisc, en veulent à cette famille de tradition protestante. Comment réagir ? Ils se retranchent dans le château de Montflanquin, puis dans une autre propriété familiale et enfin à Oxford.

« Je marchais à quatre pattes »

« Il se servait de faits qui semblaient attester qu’on nous en voulait, relate Christine de Védrines. L’une de mes voitures a pris feu juste en sortant de révision. On nous a volé quatre voitures. Le cabinet de mon mari a été inondé à cause d’une gouttière bouchée par une blouse. »

La soumission atteint son paroxysme à Oxford. Thierry Tilly convainc dix d’entre eux que Christine de Védrines refuserait de dévoiler le trésor que des rois de France auraient transmis à sa famille. Et pour lui faire avouer cette invention, elle est forcée de rester assise sur un tabouret, jour et nuit, durant deux semaines. Le chef du groupe et le reste de la famille ¯ y compris son mari ¯ se relaient pour l’empêcher de dormir. « Je me suis évanouie plusieurs fois. Et lorsque cela s’est arrêté, je marchais à quatre pattes. »

Histoire à peine croyable. Comment cette femme, documentaliste de métier, a-t-elle pu ainsi se soumettre ? Selon le psychiatre Daniel Zagury, ces adultes « sans aucune pathologie mentale » ont été victimes d’un mécanisme psychique connu : le transfert.

Thierry Tilly aurait usé à merveille des failles de chacun, ce transfert leur a fait perdre tout libre arbitre. « Les de Védrines ne sont pas devenus bêtes du jour au lendemain. Mais leur intelligence a été mise en jachère », observe le psychiatre.

L’avocat de Thierry Tilly, Me Alexandre Novion, préfère laisser Freud à sa place. Il en veut pour preuve : un douzième membre de la famille, Jean Marchand, le mari de Ghislaine, qui ne croyait pas au personnage de l’agent secret, a mené durant des années le combat pour les en sortir.« Tilly raconte des choses énormes. Et malgré cela, des gens l’ont suivi », s’étonne Me Novion.

Au procès, les élucubrations de Thierry Tilly ont fait plus sourire que trembler… « Ce type de personnalité ne prospère que dans son milieu, explique le psy Daniel Zagury. Retirez le poisson du bocal, il a perdu toute sa superbe. »

Pierrick BAUDAIS.

Photo : Franck DUBRAY.

 

(1) Thierry Tilly vient de comparaître pour escroquerie, séquestration et abus de faiblesse de personnes en état de sujétion. Le procureur arequis dix ans de prison pour Thierry Tilly et quatre ans ferme à l’encontrede Jacques Gonzales, jugé pour complicité d’abus de faiblesse. Jugementle 13 novembre.

Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Christine-dix-ans-sous-le-joug-d-un-illumine-_3639-2130655_actu.Htm

Reclus de Monflanquin: « saoulant », le prévenu continue à détailler sa version

« Une intelligence remarquable et une mémoire d’éléphant », comme l’a décrit l’avocat Vincent David, ancien ami qui l’avait introduit en 1999 auprès de Ghislaine de Védrines, laquelle l’avait ensuite présenté à toute la famille. « Mais il utilise son intelligence de manière abjecte et déplorable ».

BORDEAUX, 26 sept 2012 (AFP) – « Arrêtez de saouler le tribunal par des phrases et des phrases sans que nous puissions prendre de notes ! » : Thierry Tilly, jugé pour la ruine d’une riche famille, a continué mercredi à débiter à haut débit sa version de l’affaire, épuisant jusqu’à la présidente du tribunal correctionnel de Bordeaux.

« Le tribunal est limité, il ne peut pas aller aussi vite que vous », a plusieurs fois lancé Marie-Elisabeth Bancal à Thierry Tilly, toujours aussi prolixe.

Me David a été critiqué par des avocats pour avoir été sans réaction devant les de Védrines, « reclus sur des paillasses » dans leur château du Lot-et-Garonne. « Si j’étais intervenu ça n’aurait rien changé, puisqu’ils étaient déjà sous influence », a-t-il observé.

Il a lui-même perdu de l’argent avec le prévenu, et estime « devoir à son épouse, qui a le bon sens paysan, que Thierry Tilly n’ait pas mis les pieds dans (ses) affaires ».

M. Tilly a continué à répondre aux questions de Mme Bancal avec un luxe de détails fantaisistes et une agilité confondants. Sa défense consiste majoritairement à indiquer que l’argent que lui donnaient les Védrines correspondait essentiellement à l’achat de lots immobiliers dans les Alpes.

Il admet aussi avoir chargé les petits-enfants alors adolescents, qui vivaient comme lui en Angleterre en 2003, d’apporter à Paris des dizaines d’enveloppes d’argent pour Jacques Gonzalez, le co-prévenu qui viendra lundi, président d’une « Blue Light Foundation » à but humanitaire dont l’enquête a montré qu’elle lui assurait surtout un train de vie très confortable.

M. Tilly admet avoir « pris en charge des frais privés de M. Gonzalez ». Pourquoi les jeunes gens et pas lui pour ces transports ? « J’avais d’autres priorités et les de Védrines voulaient faire des actes de bienfaisance, or mon président pensait qu’il fallait progresser du bas vers le haut, comme dans une entreprise quand on commence par faire des photocopies ».

Suite du procès jeudi matin.

source : AFP