Christine de Védrines, ex-recluse à Monflanquin, tire les leçons de « la catastrophe »

Elle se fait « ambassadrice » de « l’exit counseling », méthode de sortie d’emprise créée par l’Américain Steven Hassan, qu’elle a pu rencontrer à Bordeaux à la fin juin, et adaptée par Me Picotin.

Enfance heureuse, mari et enfants aimés, aisance financière… Christine de Védrines avait tout, avant d’être manipulée avec les autres membres de sa famille, devenus les « reclus de Monflanquin ». Une « catastrophe » dont elle a tiré un livre, et après laquelle elle tente d’aider d’autres victimes, grâce à « l’exit counseling ».

Thierry Tilly, un « génie » dans son genre, reconnaît-elle amèrement, a siphonné en dix ans les biens de onze membres de cette famille d’aristocrates parfaitement intégrée. Du huis clos dont il tirait les ficelles, souvent à distance, Christine, la plus malmenée, garde les séquelles d’une séquestration d’une dizaine de jours en Angleterre, sans presque manger ni dormir.

En mars 2009, elle parvient à s’enfuir, porte plainte. Tilly est arrêté en octobre, les autres sont libérés en décembre de l’emprise qu’il exerce toujours sur eux. Il a été condamné le 4 juin par la cour d’appel de Bordeaux à dix ans de prison, le maximum encouru.

« Il m’a transformée en sous-homme, mais j’ai retrouvé l’estime de moi en réussissant à me sauver, à le faire arrêter, à faire libérer ma famille », explique Christine. Elle vient de publier le récit limpide de cette aventure, « Nous n’étions pas armés » (Plon), avec en postface le témoignage de son mari Charles-Henri et de leurs trois enfants.

Cette femme, qu’on devine de nature joyeuse, y décrit une enfance « heureuse, aimante », quoique « solitaire », dans une famille aisée, son mariage avec Charles-Henri, qui avait « les mêmes codes » qu’elle. Puis l’irruption dans ce bonheur douillet du « chaos », de « l’enfer », et les Védrines transformés en « +fadas+ du coin ».

Elle n’a jamais aimé Tilly, mais, « docile », n’a pas su s’opposer. Une « intelligence en jachère », résume-t-elle, que Tilly réveille en commettant l’erreur de calomnier ses enfants : « Mon livre est un message d’espoir : il peut toujours y avoir un ressort pour une victime d’emprise… Moi, c’est l’instinct maternel. »

Désormais, elle veut « aider à faire comprendre ce que sont la manipulation et l’emprise ».

« Adapter la clé à la serrure »

Séances de dédicaces, émissions télévisées, rencontres avec d’autres victimes… Elle a aussi témoigné, avec son avocat, Me Daniel Picotin, spécialiste de l’emprise mentale, devant la commission d’enquête du Sénat sur les dérives sectaires et thérapeutiques, qui a rendu son rapport en avril.

Outré à l’époque de son « deprogramming », un vigoureux lavage de cerveau organisé par sa famille pour le sortir de la secte Moon, M. Hassan préconise des moyens reposant sur le consentement de la personne. Il a aidé à tirer des sectes un millier de personnes en trente ans.

Pour ne pas donner de recettes aux manipulateurs, Me Picotin -et le livre- restent discrets sur la « French touch » apportée à la méthode Hassan.

Toujours est-il qu’il n’a fallu que quelques heures à son équipe de psychothérapeutes pour libérer, en douceur, le reste de la famille Védrines, à Oxford, fin 2009. Car ils s’étaient fait décrire auparavant les victimes pendant des mois : « Afin, selon la psychologie de chacun, d’adapter +la bonne clé à la bonne serrure+ », explique Christine.

Décidée à « faire de cette catastrophe une force », elle souhaite désormais, comme son avocat, que la loi permette aux proches des victimes de porter plainte pour emprise mentale, voire de faire mettre la victime sous tutelle, pour éviter l’évaporation de ses biens.

Cette dernière mesure, pense-t-elle, lui aurait évité la crainte d’être un jour, avec son mari, à la charge de leurs enfants.

A 62 ans, elle enseigne dans une école d’insertion près de Bordeaux. Charles-Henri, gynécologue-obstétricien renommé, qui avait dévissé sa plaque en pleine nuit pour vivre en reclus, va reprendre un cabinet à Saint-Aubin du Médoc. Contraint à entamer une nouvelle carrière, à 65 ans.

Source : AFP : For more information on Agence France-Presse, please visit our web site at http://www.afp.com

Relayé par le CCMM

Monflanquin : »pas un gourou, un prédateur »

Par Marc-Antoine Bindler avec Stéphane Place

Publié le 13 novembre 2012 à 16h10Mis à jour le 13 novembre 2012 à 16h57

C. de Védrines : "Tilly n'est pas un gourou mais un prédateur"© MAXPP

TÉMOIGNAGE E1 – Christine de Védrines est soulagée par la condamnation de Thierry Tilly.

Thierry Tilly, gourou présumé dans l’affaire dite des « reclus de Monflanquin » a été condamné mardi à huit ans de prison ferme pour « abus de faiblesse de personnes en état de sujétion psychologique ». De la grand-mère aux petits-enfants, pendant dix ans, le gourou présumé a entraîné onze membres de la famille de Védrines dans une incroyable descente aux enfers.

>> A lire aussi – Prison pour le gourou de Monflanquin

Sur « les conseils avisés » de Thierry Tilly, cette grande famille aristocratique du Sud-Ouest s’est délestée d’un patrimoine de 4,5 millions d’euros… au profit d’une fondation humanitaire fantôme. Christine de Védrines, une des « reclus de Montflanquin » a réagi à cette condamnation au micro d’Europe 1.

« C’est un minimum »

Elle est une des premières à être sortie de l’emprise du gourou en mars 2009. C’est elle qui a amorcé la fin du cauchemar pour sa famille, en expliquant au juge d’instruction comment la fortune familiale s’est évaporée et comment le gourou manipulait la famille depuis dix ans.

Christine de Védrines :  » M. Thierry Tilly n’est pas un gourou, c’est un prédateur »

« Il a tout de même failli nous anéantir, nous et nos enfants. Donc huit ans de prison ferme, pour moi, c’est un minimum », a confié Christine de Védrines au micro d’Europe 1.

« Une famille normale »

Pour cette femme dont le mari, gynécologue réputé, avait fermé brusquement son cabinet pour se reclure,  » M. Thierry Tilly n’est pas un gourou, c’est un prédateur ». « Nous, nous étions une famille normale à qui il est arrivé une histoire anormale. Il faut faire attention, la plupart des gens peuvent être manipulés », a-t-elle avertie.

« Je pense que cette décision va pouvoir aider d’autres personnes. J’espère, humblement, que ce procès pourra faire date », a-t-elle conclu, dans un soulagement relatif.

Source : http://www.europe1.fr/France/Monflanquin-pas-un-gourou-un-predateur-1310021/

Reclus de Montflanquin. Comment la famille de Védrines s’en est sortie

Justicejeudi 08 novembre 2012
  • Victime d'un gourou, Christine de Védrines, ici avec son avocat Me Daniel Picotin, a tout perdu.

    Victime d’un gourou, Christine de Védrines, ici avec son avocat Me Daniel Picotin, a tout perdu.

    Franck Dubray.

Il aura fallu près de dix ans pour qu’onze membres de la famille de Védrines ne soit plus soumis à l’emprise de Thierry Tilly, longtemps considéré comme un gourou.

 Durant des années, ils ont vécu reclus dans le château de Martel, à Montflanquin (Lot-et-Garonne), puis dans une autre propriété familiale et enfin à Oxford, en Angleterre. Thierry Tilly, 48 ans, est accusé de les avoir manipulés et dépouillés d’au moins cinq millions d’euros (vente de propriétés immobilières, de placements financiers…).

Ce dernier vient de comparaître devant le tribunal de Bordeaux pour escroquerie, séquestration et abus de faiblesse de personnes en état de sujétion. Le procureur a requis dix ans de prison et quatre ans ferme à l’encontre de Jacques Gonzales, son complice. Jugement le 13 novembre.

Comment s’en sont-ils sortis ?

Le 23 octobre 2009, lorsque Thierry Tilly est interpellé en Suisse, neuf membres de la famille de Védrines se trouvent toujours à Oxford. Et n’en partent pas. « Ils sont dans une prison mentale. A ce moment-là, leur personnalité est encore anesthésiée », explique Me Daniel Picotin, l’avocat d’une partie de cette famille. Deux personnes ont réussi à s’en extraire : Philippe de Védrines, puis en mars 2009, sa belle-sœur,Christine de Védrines, 62 ans, documentaliste de formation.

« A cette époque, Thierry Tilly me faisait travailler dans une entreprise de sécurité alimentaire. Je lui reversais 90% de mon salaire. Avec l’aide du dirigeant, je suis parvenue à appeler ma sœur et ma meilleure amie qui sont venus me chercher en Angleterre », relate-t-elle. Christine de Védrines quitte Oxford en catimini. Arrivée en France, elle porte aussitôt plainte. Son mari et ses trois enfants, eux, sont toujours à Oxford, « sous l’emprise de Thierry Tilly ».

Qu’est-ce que la sortie d’emprise mentale ?

Pour parvenir à faire revenir le reste de la famille en France, Me Daniel Picotin va organiser deux opérations en Angleterre, en novembre et décembre 2009. Il pratique l’exit counseling ou la sortie d’emprise mentale. Cette technique est développée aux Etats-Unis par Steven Hassan, ancien membre de la secte Moon. L’objectif consiste à créer un déclic psychologique chez la personne vivant sous l’emprise d’un gourou ou d’une secte. « On appelle ça le décillement », précise Me Picotin qui s’est entouré d’un psychanalyste, d’un psychothérapeute et d’un éducateur spécialisé.

Mais avant de se rendre sur place et de rencontrer la personne sous emprise, un travail préparatoire a eu lieu avec Christine de Védrines. L’objectif est de recueillir « des informations très détaillées sur les victimes, les moments clés de leur vie », indique Steven Hassan qui aurait ainsi exfiltré, « de manière douce », plusieurs centaines de personnes aux Etats-Unis et ailleurs.

Concernant la famille de Védrines, avant les deux rencontres à Oxford , Christine a adressé plusieurs lettres à ses enfants et à son mari, entre avril et novembre 2009. « Elles ont permis de créer des encoches psychologiques, des sortes de points d’appui pour la suite », précise Me Picotin.

 

Lors du premier voyage en Angleterre, du 10 au 14 novembre 2009, seul Guillaume, 34 ans, pourra être approché. « Un des spécialistes est entré dans la maison et a réussi à lui parler », relate, encore émue, Christine de Védrines. Le déclic se produit. Pour son mari et ses deux autres enfants, il faudra attendre un second voyage, un mois plus tard.

Que prévoit la loi contre les victimes de sectes ou de gourous ?

Actuellement, le code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et de 375000€ d’amende quelqu’un qui abuse frauduleusement de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse d’un mineur, d’une personne particulièrement vulnérable (en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience psychique…) ou qui abuse « d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique, résultant de l’exercice de pressions graves ou de techniques propres à altérer son jugement ».

Si cette infraction est commise par celui qui est à la tête d’une secte, la peine encourue est alors de cinq ans d’emprisonnement et de 750000€ d’amende. Il s’agit de la loi About-Picard de 2001.

Mais pour Me Picotin, également ancien député, la législation actuelle est insuffisante. « La jurisprudence estime que la plainte n’est recevable que par l’adepte ou la victime elle-même (…) Or, pour cela, encore faut-il qu’elle soit sortie de l’emprise mentale. »L’avocat formule donc une proposition de loi : faire de la « manipulation mentale préjudiciable » un délit à part entière. Objectif : faire en sorte que les familles des victimes puissent saisir les parquets de manière efficace.

Pierrick BAUDAIS.

Source : http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Reclus-de-Montflanquin.-Comment-la-famille-de-Vedrines-s-en-est-sortie_39382-2130678_actu.Htm

Reclus de Monflanquin : Juppé reçoit les de Védrines à la mairie de Bordeaux

 

BORDEAUX, 5 oct 2012 (AFP) – Le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a reçu vendredi soir à la mairie les dix membres de la famille de Védrines, parties civiles dans le procès dit des reclus de Monflanquin, achevé un peu plus tôt devant le tribunal correctionnel de la ville.

« C’est un bonheur de vous voir réunis ici (…) J’ai vu les réquisitions par la presse (…) J’espère que le jugement permettra de conclure ce cauchemar », leur a dit M. Juppé.

Les de Védrines, parmi lesquels Charles-Henri, colistier de M. Juppé lors des municipales de 1995, étaient accompagnés de Me Daniel Picotin, qui défend cinq d’entre eux.

Ex-député radical de la Gironde (1993-97), il a participé au groupe « Sectes » de l’Assemblée nationale et préside actuellement Infos-Sectes Aquitaine.

Me Picotin a rendu hommage à M. Juppé pour son soutien lorsque l’avocat s’activait pour libérer les de Védrines, d’abord reclus dans leur château de Monflanquin (Lot-et-Garonne), puis en Angleterre.

Il lui a ensuite remis un Manifeste reprenant plusieurs propositions visant à améliorer la prise en compte juridique de la manipulation mentale, comme par exemple l’inscription dans le Code pénal, comme délit, voire comme crime, de « la mise sous emprise mentale préjudiciable », qu’un tiers pourrait dénoncer.

Actuellement, seule la victime peut porter plainte.

Il devait également confier ce texte à Michèle Delaunay, ministre des Personnes âgées et originaire de Bordeaux.

Thierry Tilly et Jacques Gonzalez ont comparu ces deux dernières semaines devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir escroqué pendant près d’une décennie onze membres (l’une est morte entretemps) de la famille de Védrines, des aristocrates protestants du Sud-Ouest, en leur faisant croire qu’ils étaient victimes d’un complot maçonnique. Leur préjudice est estimé à 4,5 millions d’euros.

Dix et cinq ans de prison ont respectivement requis à l’encontre de MM. Tilly et Gonzalez, dont un an avec sursis pour M. Gonzalez.

Le jugement a été mis en délibéré au 13 novembre.

source : AFP