Tribunal correctionnel de Cahors : un magnétiseur condamné pour abus de faiblesse et interdit d’exercer à vie !

bureau des juges du tribunal correctionnel de Cahors

Sur le bureau des juges du tribunal correctionnel de Cahors

Sophie Aymard

Était-ce le procès d’un homme qui se déroulait lundi 12 mai devant le Tribunal Correctionnel de Cahors ou le procès des médecines parallèles ? Xavier* 58 ans, domicilié dans le Quercy Blanc, exerçant la profession de magnétiseur radiesthésiste comparaissait pour exercice illégal de la profession de médecin, escroquerie faite au préjudice d’une personne vulnérable et exécution d’un travail dissimulé.

Chasse aux sorcières ou charlatanisme ?

« De tous temps il y aura des personnes comme Xavier. Autrefois on les appelait des sorciers, aujourd’hui on est tenté de les appeler des charlatans ! » Maître Gonelle, avocat de la partie civile débutait sa plaidoirie par ces mots chocs, laissant entrevoir un procès pour charlatanisme. Côté défense, Maître Soulem abordait sa plaidoirie en usant des ressorts de l’absurde. « Nous assistons en 2014 à un procès de sorcellerie ! Alors ou les magnétiseurs sont autorisés dans ce pays ou on les interdit définitivement. »

Tout au long de l’audience, qui aura duré près de quatre heures, le prévenu n’aura de cesse de nier en bloc. « Je n’ai jamais prétendu être médecin et je n’ai jamais rien promis aux gens. Je ne fais qu’écouter et faire de la reformulation active », explique le prévenu.

Reformulation active. Un terme qui sera repris par le Tribunal, s’interrogeant sur ce concept. La question soulevée est bien de savoir si le prévenu s’autorisait à diagnostiquer des pathologies et à pronostiquer des guérisons ou s’il ne faisait que reprendre les diagnostics établis au préalable par des médecins. Xavier s’explique : « c’est-à-dire avoir de l’empathie pour les gens, prendre leur phrase et dire oui vous avez raison ».

À l’origine de l’affaire, une plainte déposée par un couple pour faits d’escroquerie commis pendant l’hiver 2008 – 2009. S’adressant au prévenu, la présidente du Tribunal, Mme Almendros rappelle : « ils expliquent que vous leurs avez fait croire que vous étiez en mesure de guérir leur fille, Marie, âgée de 7 ans et victime d’une tumeur au cervelet dont elle décédera le 24 février 2009 ». Présents dans la salle, les parents témoigneront à la barre. « Il a dit à ma fille, en face : tu es guérie. Tu peux dire à tes parents que l’année prochaine tu peux reprendre l’école ». L’espoir suscité chez cette petite fille a été immense. Opérée déjà trois fois de cette tumeur, la petite fille rencontre le magnétiseur la veille de sa 4eopération. L’espoir fou d’une guérison miracle sème le doute chez la maman, accablée par la maladie invasive de sa fille. « Il m’a dit qu’il avait séché la tumeur de ma fille et que ça ne servait à rien de l’emmener à Bordeaux pour l’opération », déclare la mère. De la même façon, il préconise l’arrêt de son traitement qui « lui empoisonne le sang », selon les termes rapportés par la mère. « Elle était à 80 mg de cortisone   administrée uniquement pour la soulager puisqu’il n’y avait plus rien à faire ». Malgré le doute induit par le magnétiseur, les parents n’arrêteront pas le traitement et conduiront bien leur fille se faire opérer une 4e fois. Pourtant, la mère demande le soir avant l’intervention qu’on procède à un IRM et sur les conseils du magnétiseur, explique que c’est son instinct maternel qui lui fait dire que la tumeur a séché. « Les médecins ont cru que je devenais folle », précise-t-elle visiblement très émue par la tenue de ce procès.(…)

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